Clôture en apothéose pour le mois de la liberté de la presse à Luputa. Face à une corporation confrontée aux défis de l’ère numérique, le président intérimaire de l’UNPC locale, Aly Bukasa Kabambi, a secoué les consciences. Son leitmotiv ? Passer d’une presse de subsistance à un journalisme de valeur et d’impact.
À Luputa, les interventions de cette journée de clôture se sont emboîtées avec la précision des briques d’un édifice en construction. Mais s’il y a un exposé qui a particulièrement captivé les professionnels des ondes locaux, c’est bien celui d’Aly Bukasa Kabambi (ABK). Intitulée « Journalisme et enjeux à l’ère du numérique », cette communication a agi comme un miroir tendu à la profession.
En introduction, l’orateur a peint un tableau sans complaisance de la presse locale. Diagnostic : une communauté vulnérable, qui peine encore à imposer ses lettres de noblesse face aux mutations technologiques et économiques.
Loin des grands discours théoriques, Aly Bukasa Kabambi a convié l’assistance à un exercice d’autocritique direct et pragmatique. Posant une question en apparence simple à un échantillon de journalistes présents :
« Qu’avez-vous de si particulier qui vous rende indispensable au sein de votre rédaction ? »
Le constat fut saisissant : un silence lourd, aucune réponse concrète. Les professionnels interrogés ont été incapables de définir leur propre valeur ajoutée ou l’apport spécifique qu’ils offrent aux médias qui les emploient.
Pour cet expert, doublement diplômé en Sciences Politiques et Administratives ainsi qu’en Sciences de l’Information et de la Communication, le signal d’alarme est tiré.
« Comment espérer être pris au sérieux sur le marché si nous-mêmes ne connaissons pas la valeur de notre marchandise ? », a-t-il martelé, appelant à une prise de conscience collective immédiate.
Cette intervention à Luputa a marqué une rupture pédagogique par rapport aux étapes précédentes. Alors qu’à Wikong, Mbay’a Museng et Kamiji Tshisangu, le président intérimaire de l’UNPC s’était focalisé sur les notions fondamentales du journalisme de terrain, il a choisi de faire évoluer son contenu pour la clôture. Un changement de cap dicté par les réalités observées tout au long de son itinérance. Ce voyage au cœur de la Lomami a dévoilé un paysage médiatique fragile, qui ne pourra survivre à l’ère du numérique qu’en se réinventant de l’intérieur.
En appelant à transiter d’un « journalisme de survie » (subi et précaire) vers un « journalisme de vie » (porteur de sens, d’innovation et de viabilité économique), Aly Bukasa Kabambi pose les jalons d’une nouvelle ère pour la presse locale. Le message est clair : la plume et le micro doivent désormais s’allier à l’excellence et à la conscience professionnelle.
Rédaction











