Il existe des livres qu’on lit. Et il existe des livres qu’on traverse, comme on traverserait un paysage meurtri, un champ de ruines ou une nuit sans étoiles, avec au cœur un mélange de douleur, de colère et, étrangement, d’espoir. Goma, Terre des cicatrices, le nouveau roman d’Albert Ilunga Kamayi, publié chez Les Éditions Nge, appartient résolument à cette seconde catégorie.
Ce n’est pas seulement un récit. C’est un acte de résistance littéraire, une main tendue vers une région dont on parle trop souvent en termes de conflits et de chiffres, mais trop rarement à travers les battements de cœur de ceux qui y vivent. L’Est de la République Démocratique du Congo, avec Goma pour épicentre émotionnel, devient ici le théâtre d’une histoire universelle : celle de la survie de l’humanité en soi.
« Il y a des villes que la guerre fait oublier à jamais. Des vies qu’on ne raconte pas. Et puis il y a ce livre qui brise le silence. »
Dès les premières lignes de la présentation, le ton est donné. Albert Ilunga Kamayi ne vient pas nous « informer » sur la situation à l’Est du Congo. Il vient nous faire rencontrer Aicha et Nzuzi. Deux êtres dont les vies ont été fracassées par une violence qui dépasse l’entendement, mais qui, contre toute attente, contre toute logique, osent encore aimer.
Leur amour n’est pas une romance fleur bleue. C’est un acte de courage politique, intime et profond. C’est une flamme vacillante que l’auteur protège du vent de l’oubli et de l’indifférence. À travers eux, c’est toute une galerie de personnages — les « invisibles », les « oubliés » — qui reprennent leur place dans le récit du monde.
La force de ce roman réside dans son équilibre fragile et magnifique entre une douleur palpable et une poésie tenace. Mwenedituscoop.net note que l’écriture d’Ilunga Kamayi ne sombre jamais dans le misérabilisme ou le sensationnalisme. Elle est sincère, poignante, et profondément respectueuse de ses personnages.
Chaque page est une méditation sur ce qui reste d’humain lorsque tout a été pris. La dignité, ce dernier rempart. La mémoire, cette arme contre l’effacement. Et cette « étincelle d’espoir qui ne s’éteint jamais vraiment », dont la lueur guide le lecteur à travers les ténèbres du récit.
Pourquoi lire « Goma, Terre des cicatrices » aujourd’hui ?
Dans un monde saturé d’informations éphémères, ce roman nous rappelle la puissance transformatrice des histoires bien racontées. Il s’adresse :
· À ceux qui croient que la littérature doit prendre des risques et dire le monde dans sa complexité.
· À ceux qui s’intéressent à l’Afrique au-delà des clichés, dans la richesse de son imaginaire et la dureté de ses réalités.
· À tous ceux qui, face à l’horreur, continuent de chercher la preuve que la bonté et la beauté peuvent persister.
C’est plus qu’un roman sur le Congo. C’est un roman sur notre capacité collective à regarder la douleur en face, à écouter ceux que l’on n’entend pas, et à croire, malgré tout, à la résilience des cœurs brisés.
« Réinventer l’imaginaire africain, c’est aussi redonner leur place aux histoires vraies. »
Avec Goma, Terre des cicatrices, Albert Ilunga Kamayi et Les Éditions Nge font bien plus que publier un livre. Ils ouvrent une porte essentielle dans le paysage littéraire francophone et africain. Une porte derrière laquelle brûle une lumière nécessaire.
Rédaction











