Signé en juin 2025 sous médiation américaine, l’accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda est présenté comme un tournant historique. Toutefois, une analyse des motivations et des clauses révèle que ses bénéfices réels sont ambigus et inégalement répartis.
Pour qui sont les vrais bénéfices ?
Les principaux gagnants semblent être les intérêts géostratégiques et économiques des médiateurs et du Rwanda. L’administration Trump a explicitement lié cet accord à la sécurisation de l’accès américain aux minerais critiques congolais, essentiels pour les technologies et la transition énergétique.
Le président Trump a lui-même déclaré : « Nous obtenons, pour les États-Unis, une grande partie des droits miniers du Congo ». Le Rwanda, quant à lui, voit légitimée son influence en RDC et peut espérer une formalisation de ses intérêts économiques dans la région via le Cadre d’intégration économique régionale. En somme, l’accord profite surtout aux puissances étrangères cherchant à sécuriser l’accès aux ressources et au Rwanda, dont l’occupation militaire initiale n’a pas été sanctionnée par un retrait préalable .
Une bonne chose pour les Congolais ? L’écart entre promesse et réalité.
Pour le peuple congolais, l’évaluation est mitigée et teintée de scepticisme.
Sur le papier, un espoir de paix : L’arrêt des combats dans l’Est, s’il est effectif, serait un immense soulagement pour des populations martyrisées par des décennies de violence . C’est le principal argument en faveur de l’accord.
Dans les faits, des risques majeurs : De nombreux analystes redoutent que cette paix ne soit « frauduleuse » ou « une nouvelle illusion ». Elle risque d’entériner une économie de prédation et de compromettre la souveraineté congolaise sur ses ressources pour des décennies, en échange de garanties de sécurité vagues. La condition du retrait des troupes rwandaises, remplacée par le flou du « CONOPS », représente un recul significatif pour Kinshasa.. Les conditions de « neutralisation des FDLR » dans des zones contrôlées par le M23 sont également problématiques.
Et pour les politiques congolais ?
Pour le gouvernement du président Félix Tshisekedi, l’accord est un pari. Il offre une sortie par le haut d’une crise militaire difficile et permet de présenter un succès diplomatique. Cependant, il expose le pouvoir à des critiques pour avoir cédé sur le principe sacro-saint de la souveraineté et du retrait préalable des forces rwandaises. Son héritage politique dépendra donc entièrement de la mise en œuvre : si la paix s’installe durablement et que la RDC parvient à négocier des termes économiques équitables, ce sera un succès. Dans le cas contraire, l’accord restera dans les mémoires comme une capitulation déguisée, profitant davantage aux élites politiques et à leurs partenaires étrangers qu’à la nation congolaise dans son ensemble.
La signature récente du cadre économique, conditionnée à l’exécution du volet sécurité, montre que les négociations et les doutes persistent.
Rédaction












