En installant officiellement le Conseil Provincial de la Décentralisation de Lomami (CPDLOM), le Vice-Gouverneur Célestin Kayembe a posé une pierre angulaire dans l’édifice encore en construction de la gouvernance locale. Cette cérémonie, soutenue par la coopération belge, dépasse la simple formalité administrative ; elle incarne les espoirs, mais aussi les défis immenses, d’un processus de décentralisation entamé il y a près de deux décennies.
Un cadre de dialogue pour une décentralisation en quête de sens
Concrètement, le CPDLOM se veut une plateforme permanente d’échanges entre la province et les Entités Territoriales Décentralisées (ETD) – les villes et territoires. Sa mission principale est de faciliter un dialogue souvent absent, permettant aux entités locales de remonter leurs doléances et à l’administration provinciale de donner des orientations.
Pour François Kalembue Nshala, chargé de projet chez Enabel, l’agence belge de développement qui appuie techniquement et financièrement l’initiative, ce conseil est « capital ». Il doit permettre de « faire évoluer ce processus engagé depuis la Constitution de 2006 ». Une référence à cette loi fondamentale qui a théoriquement consacré l’autonomie des provinces et des ETD, mais dont l’application sur le terrain reste un défi.

La Lomami, un microcosme des enjeux nationaux
L’initiative de la Lomami s’inscrit dans un mouvement plus large. Quelques semaines auparavant, la province voisine du Kasaï Oriental inaugurait un conseil similaire avec le même partenaire. Ces actions illustrent la volonté de concrétiser la décentralisation. Pourtant, un constat s’impose : au niveau national, le processus est souvent résumé par la formule « beaux textes, zéro application », comme le soulignait le titre d’une conférence-débat à Kinshasa en septembre 2025.
Les défis sont de taille. Le professeur Ursil Lelo di Makungu de l’université de Kisangani pointait récemment le risque d’une décentralisation à « deux vitesses », favorisant les provinces minières et laissant pour compte les autres, comme la Lomami. Le manque d’infrastructures et l’enclavement de certaines zones, dont pourrait souffrir un chef-lieu comme Kabinda, fragilisent davantage le processus.
Au-delà de l’installation : le travail ne fait que commencer
L’installation du Conseil n’est qu’un début. Pour le Vice-Gouverneur Célestin Kayembe Tshiaji, l’enjeu est désormais d’assurer une gestion responsable et efficace. Cette préoccupation semble être une constante dans son action, lui qui a récemment lancé un séminaire sur le leadership et la gestion des finances publiques, soulignant l’importance d’une administration intègre.
Le CPDLOM devra maintenant passer des discours à l’action. Il lui faudra aborder des questions épineuses mais cruciales : le transfert effectif des compétences et des ressources financières, la clarification des rôles entre les différentes institutions, et la mise en place d’une fonction publique locale compétente. Autant de défis qui détermineront si cette nouvelle instance deviendra un véritable levier de développement pour les populations de la Lomami, ou si elle rejoindra la longue liste des « vœux pieux » institutionnels.
L’avenir dira si ce nouveau cadre de concertation parvient à transformer la gouvernance dans une province qui, comme beaucoup d’autres en RDC, attend des actes concrets pour sortir de l’isolement et bénéficier enfin des promesses de la décentralisation.
Rédaction












