Dans la province de Lomami, le processus d’adoption du budget 2026 a présenté un paradoxe saisissant : un débat houleux entre les députés provinciaux et le gouverneur, suivi d’un vote unanime en faveur du projet d’édit budgétaire. Ce scénario soulève des questions fondamentales sur les dynamiques politiques locales et les raisons qui poussent des élus, pourtant critiques, à valider in fine un texte financier marqué par une régression budgétaire de 31% par rapport à l’exercice précédent .
Le projet de budget, déposé le 22 novembre 2025 par le vice-gouverneur Célestin Kayembe Tshiaji Tshibol, puis défendu par le gouverneur Iron-Van Kalombo Musoko, s’élève à 407,2 milliards de francs congolais. Le chef de l’exécutif provincial a justifié cette contraction par « la faible mobilisation des recettes locales, l’irrégularité des rétrocessions du pouvoir central et la diminution des ressources extérieures » .
Les racines de la controverse : une régression budgétaire justifiée
Une baisse significative des ressources
La controprise trouve sa source dans l’ampleur de la coupe budgétaire. La baisse de 31% représente 185 milliards de francs congolais en moins par rapport à 2025. Les explications fournies par l’exécutif provincial pointent des problèmes structurels :
· La faible mobilisation des recettes locales. Les explications fournies par l’exécutif provincial pointent des problèmes structurels :
· La faible mobilisation des recettes locales : la province peine à générer des ressources propres.
· L’irrégularité des rétrocessions : les transferts financiers du gouvernement central restent imprévisibles .
· La réduction des ressources extérieures : diminution de l’aide internationale ou des financements externes.
Un débat parlementaire sous tension
Les élus provinciaux n’ont pas manqué de relever ces faiblesses lors des discussions. Le rapport des débats indique que « plusieurs questions et préoccupations ont été posées au Gouverneur », témoignant d’une inquiétude réelle sur la viabilité financière de la province . Les députés, représentants directs des populations, ne pouvaient passer sous silence une régression budgétaire d’une telle ampleur sans trahir leur mandat.
Entre réalisme politique et complicité passive
La force du réalisme politique
Face à cette situation budgétaire dégradée, les députés ont probablement fait preuve d’un réalisme politique contraint. Plusieurs facteurs peuvent expliquer leur vote final :
1. L’absence d’alternative crédible : Dans un contexte de ressources amoindries, les élus n’avaient pas de proposition concrète pour combler le déficit de 185 milliards. Le budget, bien que réduit, permettait au moins de maintenir les structures provinciales en fonctionnement .
2. La conformité procédurale : Le vice-président de l’assemblée provinciale, Hippolyte Kabango, a salué « le respect du délai légal » de dépôt. Cette régularité formelle a certainement joué en faveur de l’adoption .
3. La vision stratégique maintenue : Le budget 2026 s’articule autour de cinq axes prioritaires (gouvernance, relance économique, infrastructures, progrès social, protection environnementale) qui conservent une cohérence politique acceptable pour la majorité des élus.
L’ombre de la complicité parlementaire
Cependant, certains observateurs politiques pourraient interpréter ce vote unanime comme une forme de complicité passive :
· La faible autonomie politique : L’adoption à main levée, sans vote nominatif, évite de rendre des comptes précis aux électeurs sur la position individuelle de chaque député.
· L’effet d’entraînement majoritaire : Une fois les clarifications obtenues du gouverneur, les élus ont pu suivre le mouvement pour ne pas apparaître comme des obstructionnistes.
· La solidarité institutionnelle : Dans un contexte où la province doit négocier sa part avec le pouvoir central, afficher une unité peut être perçu comme stratégique.
La réponse de l’exécutif : un exercice de clarification
Face aux interrogations des élus, le gouverneur Iron-Van Kalombo Musoko a livré une « présentation claire et soutenue du document budgétaire » et répondu avec « précision et assurance » aux préoccupations soulevées . Cette démonstration de maîtrise du dossier a sans doute contribué à apaiser les tensions et à convaincre les indécis.
Le chef de l’exécutif a également exprimé sa « gratitude au Président de la République et à la Première Ministre pour leur accompagnement », rappelant ainsi le lien de dépendance financière entre la province et le pouvoir central – un argument implicite que les députés ne pouvaient ignorer.
Un équilibre précaire entre critique et consentement
Ce vote unanime après débat contradictoire illustre les contraintes de la démocratie locale en contexte de pénurie budgétaire. Si les critiques des députés étaient légitimes et nécessaires pour remplir leur rôle de contrôle, leur vote favorable témoigne d’une reconnaissance des réalités économiques incontournables :
· La province de Lomami dépend structurellement des transferts nationaux et internationaux.
· En l’absence de marges de manœuvre fiscales locales, contester le budget n’aurait pas permis d’en améliorer le contenu.
· Le rejet du budget aurait conduit à une crise institutionnelle sans garantie d’obtenir de meilleures conditions.
Un réalisme contraint plutôt qu’une complicité assumée
Au terme de cette analyse, le vote du budget 2026 en Lomami relève davantage d’un réalisme politique contraint que d’une complicité active. Les députés ont exercé leur droit de critique, obtenu des clarifications, mais ont dû se résoudre à la seule option réaliste face à une situation financière dégradée dont ils ne maîtrisent pas tous les paramètres.
Ce cas illustre les limites de l’autonomie financière des provinces congolaises et la difficulté pour les élus locaux de concilier représentation des intérêts populaires et gestion contrainte des deniers publics. La véritable question n’est peut-être pas de savoir pourquoi les députés ont voté un budget qu’ils critiquaient, mais plutôt comment renforcer la capacité des provinces à générer des ressources propres pour éviter ce type de dilemmes annuels.
Rédaction












